Cédric Klapisch Archive

Les Beaux Mecs : Critique

Les Beaux MecsFrance 2 lancera le 16 mars prochain une nouvelle « série » : Les Beaux Mecs. Grâce à Allociné, j’ai pu la découvrir la semaine dernière, avec quelques autres privilégiés, et discuter avec l’équipe… Review !

Les Beaux Mecs racontent l’histoire d’un gangster « à l’ancienne », Tony le Dingue, qui s’évade de prison pour régler ses comptes avec ses anciens « amis ». Son compagnon d’évadé, Kenz, est un petit caïd des cités. Obligés à se battre ensemble une fois à l’extérieur, ils vont petit à petit tisser des liens qui vont les mener l’un et l’autre vers la conclusion (provisoire ?) de leurs histoires.

Si je n’écris ma critique que maintenant, une semaine après avoir vu les deux premiers épisodes, c’est parce que je voulais prendre le temps de voir l’ensemble du feuilleton pour me faire une idée. Mon impression, qui était excellente de prime abord, est plus mitigée désormais.

La série a de très bons côtés. Pour tout dire, on oublie un peu que c’est une production française ; le rythme, l’histoire, la mise en scène, tout s’éloigne de la traditionnelle série française, linéaire, lente, avec ses inévitables « héros positifs ». Ici, on raconte l’histoire de méchants. Et quand je dis « méchant », je parle du vrai truand, celui qui s’acharne sur un homme à moitié mort et sans défense, celui qui vide son chargeur dans ses ennemis. La narration elle aussi est originale : on nous transporte sans crier gare d’une époque à l’autre, dans l’esprit de Lost. Peu habituel pour une production française !

Au départ, le scénario a été commandé par France Télévision avec comme cahier des charges « Racontez 50 ans d’histoire du grand banditisme », nous a expliqué Virginie Brac, la scénariste. A partir de là, elle a été totalement libre de développer son histoire comme elle l’entendait. « Une liberté qu’on n’a plus en France », regrette-t-elle. « Les chaînes ne veulent bien souvent que du déjà-vu remodelé. Là, pour Les Beaux Mecs, nous avons eu une liberté totale. Quelle prise de risque pour France Télévision ! ». Et en effet, les flashbacks sont quelque peu désarçonnant pour les spectateurs. Mais, à part en quelques occasions, on arrive à suivre sans trop de difficultés.

L'équipe des Beaux MecsCe qui fait la réelle force de cette série, c’est avant tout ses acteurs. Simon Abkarian d’abord, dans le rôle de Tony Le Dingue. Si son nom ne vous dit rien, sa tête vous rappellera des souvenirs. Casino Royale notamment, ou encore un certain nombre de Klapisch. Simon Abkarian, c’est avant tout une gueule. Une gueule de truand ; on ne s’étonne pas de le retrouver ici, en gangster fatigué par les épreuves de la vie, dont la prison semble être la moins difficile de toutes. Soufiane Guerrab ensuite, dans le rôle de la caillera de service. C’est une découverte, et une bonne ; Soufiane apporte un vent de légèreté sur l’histoire grave et triste de Tony. Mhamed Arezki est très bon également, incarnant Tony jeune : il incarne à merveille Antoine Roucas, cet adolescent naïf et presque innocent, qui va petit à petit devenir le sanguinaire Tony le Dingue. Et que dire des rôles féminins ? Victoria Abril et Anne Consigny d’abord, mais également Fejria Deliba, permettent aux Beaux Mecs d’éviter l’écueil habituel du film de gangster : de la testostérone, beaucoup, partout, et au final trop. Car contrairement à ce que laisse penser le titre, cette série tourne avant tout autour des femmes. Ce sont elles qui tiennent les personnages principaux, et qui vont les pousser à devenir ce qu’ils sont.

« Je ne vous demande qu’une chose », nous a dit Virginie Brac. « Ne racontez pas la fin ». Ce n’est pas dans mon habitude, donc deux raisons de ne pas le faire, mais entre son teasing et celui du réalisateur, Gilles Bannier, qui indiquait que « le rythme et le suspens allait crescendo au fur et à mesure de l’avancement de la série », on s’attendait à une fin exceptionnelle. Malheureusement, la fin est courue d’avance ; on la devine dès le troisième épisode. C’est l’un des points faibles de la série. Si l’histoire de Tony en elle-même est intéressante, et très bien traitée, le dénouement devrait être d’un meilleur niveau, plus recherché. Là, on reste un peu sur sa faim.

Autre point négatif selon moi, la manière de filmer, caméra à l’épaule. C’est la marque de fabrique assumée de Gilles Bannier. Il nous expliquait pourquoi : « cela permet aux acteurs de se concentrer sur leur rôle, et de ne pas devoir se cantonner au champ de la caméra. C’est la prise de vue qui s’adapte au jeu de l’acteur, et non l’inverse ». Alors ok, ça aide peut-être les acteurs à s’exprimer, à être complètement libres. Mais pour le spectateur, je trouve que cela rend le tout un peu brouillon, et donne un côté amateur dont je ne suis pas spécialement fan.

Dernier point négatif, peut-être mon principal reproche… Vous voyez de quoi je parle ? Du titre évidemment ! Alors certes, « les beaux mecs », c’est le nom que se donnent les truands « du milieu ». Certes, l’expression est encore utilisée à l’heure actuelle chez les flics. Mais pour le grand public, ça a une connotation vraiment has been. Le titre peut à mon avis dissuader une partie des spectateurs… Et ce serait dommage, parce que cette série sort vraiment du lot habituel français, et mérite qu’on s’y attarde.

A vos postes de télé donc : rendez-vous le 16 mars 2011 sur France 2 !

Rating 4.00 out of 5
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Ma part du gâteau : Critique

Ma part du gâteauOn ne peut pas aller au cinéma uniquement pour les films américains… Et les films cocoricos alors ? Bon je ne suis pas encore allé voir le dernier Dany Boon, alors que reste-t-il côté français ? Ah oui tiens, le prochain Klapisch, Ma part du gâteau, dont la sortie est prévue pour le 16 mars prochaine. Allez c’est parti !

Commençons comme d’habitude par le scénario. Ma part du gâteau, c’est l’histoire de… Attendez, je respire… l’histoire d’une ouvrière dont l’usine se fait couler par un trader, qui le rencontre sans le savoir, et qui finit par en tomber plus ou moins amoureuse. Berk, rien à faire ! Rien que d’y penser, j’ai la nausée. J’en vois qui sourient derrière leur écran : oui l’histoire est ridicule, mais ça vous ferait moins rire si vous aviez perdu 3h au cinéma pour ça !

Faut-y pas que Klapisch soit désespéré pour signer un navet pareil ? On sait que la crise fait vendre, c’est dans l’air du temps. Mais alors en tirer cette pseudo-comédie romantique… Bon j’ai un peu abrégé l’histoire, alors je vous la détaille un peu, en me bouchant le nez. Steve (Gilles Lellouche) est un trader à qui tout réussit, et dont le passe-temps favori est de couler les boîtes pour se faire de l’argent sur leur dos. France (Karin Viard), elle, est une ancienne ouvrière dont l’usine à fermer à cause justement dudit Steve. Après une tentative de suicide, elle décide de quitter Dunkerque pour Paris, où elle se retrouve femme de ménage de… Steve évidemment ! Une certaine intimité naît entre eux, jusqu’au jour où elle apprend qui il est vraiment.

Heureusement pour le producteur, malheureusement pour nous, il n’y a pas de taxe sur le cliché en France. Parce que Ma part du gâteau bat tous les records à ce niveau-là (et pourtant, j’ai vu Comment savoir il n’y a pas si longtemps !). Le trader fou, sadique, qui n’a aucune perception de la réalité, qui s’envoie en l’air avec des mannequins, et qui fait des « mégateufs » dans son appartement avec des « amis » qu’il ne connaît pas. L’ouvrière méritante, mère de trois enfants divorcée, qui doit choisir entre son boulot bien payé et revoir ses enfants les week-ends. Les femmes immigrées anti-françaises. Les deux clics suivis de la traditionnelle phrase « hop, je viens de gagner 65 000 euros ». Et j’en passe, et des meilleurs. Entre guillemets. Je ne parle même pas des dialogues. L’inratable « Ma vie est merdique », du trader. Le couru d’avance « votre fils vaut plus que tout cet argent » de la femme de ménage. Etc. etc.

Ma part du gâteau

Steve-le-trader est censé habiter dans la tour "Coeur Défense"... Si vous connaissez un peu, vous saurez qu'on nous prend vraiment pour des saucisses !

La seule chose qu’ait réussi Klapisch dans ce film, c’est le choix des acteurs. Gilles Lellouche est une nouvelle fois très bon dans le rôle, qu’il connaissait d’ailleurs déjà (cf. Krach, sorti l’été dernier). Il joue parfaitement le connard fini, tout en sachant être touchant lorsqu’il le faut. Karin Viard, je ne suis pas fan d’habitude (non seulement de l’actrice, mais de ses rôles qui sont tous des copiers-collers), mais là force est de constater qu’elle tire son épingle du jeu. A moins que ça soit le niveau catastrophique du reste du film qui la mette en avant… Et enfin, dans la catégorie « des fois on aimerait bien que les larmes viennent, mais on n’y arrive pas » (catégorie sur laquelle Megan Fox règne sans partage), je nomme la fille de Karin Viard, dont j’ignore le nom et c’est mieux que ça reste comme ça !

Bref le mercredi 16 mars, vous savez ce qu’il vous reste à ne pas faire !

Rating 3.00 out of 5
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