Le Discours d’un Roi : Critique

Le Discours d'un RoiJe l’annonçai précédemment : hier soir a eu lieu la projection privée du Discours d’un Roi (The King’s Speech) pour le Club 300 d’Allociné. L’attente était énorme : il ne s’agissait ni plus ni moins du favori des prochains Oscars ! Alors ?

Pour ceux qui ont réussi à passer entre les gouttes d’un battage médiatique intense, The King’s Speech est l’histoire de l’accession au trône de George VI, juste avant la seconde guerre mondiale. Loin des intrigues de la Cour qu’on a l’habitude de voir, l’avènement de « Bertie » est abordé à travers un trouble du futur roi d’Angleterre : le bégaiement.

Sans surprise, la première chose qui saute aux yeux est la performance – royale – de Colin Firth. Primé récemment aux Golden Globes, il faut avouer que l’ancien second rôle du Journal de Bridget Jones est tout simplement magistral. La tâche était pourtant ardue : comment incarner un roi, avec la stature et le charisme inhérents à la fonction, tout en étant incapable de prononcer une phrase sans buter ? Il faut le voir pour le croire ! Sa prestation ferait presque oublier celle de Geoffrey Rush, qui incarne Lionel Logue, l’orthophoniste de Son Altesse Royale. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais vous l’avez pourtant vu dans Shine, Shakespeare in Love, Le Tailleur de Panama, ou encore évidemment dans les Pirates des Caraïbes (mais siii, le capitaine Barbossa !). Il mérite largement sa nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Ajoutez à cela une touche de Helena Bonham Carter (l’actrice fétiche de Tim Burton), et vous obtenez un casting de tout premier choix !

Le Discours d'un RoiLe scénario du film en lui-même est d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’une histoire vraie. Je connaissais personnellement peu l’histoire du Royaume-Uni de l’entre-deux guerres (à l’école on se contente souvent de celle de la France, l’Allemagne et un peu de Russie), mais l’histoire d’Edouard, qui abdique pour pouvoir épouser la femme de sa vie, semble assez irréelle. Tout comme les rapports du Roi au gouvernement, l’accession au pouvoir de Churchill, etc. Résultat : non seulement The King’s Speech nous fait passer un bon moment, mais en plus il nous instruit ! Que demander de plus ?

Seul bémol que j’ai regretté : je n’ai pas tellement accroché à la mise en scène. D’un côté, parce que Tom Hooper représente les années 30 comme d’habitude au cinéma : des images froides, comme s’il avait voulu s’excuser de ne pas tourner en noir et blanc… Je trouve personnellement qu’on gagnerait en réalisme à montrer le passé avec de « vraies » couleurs, sans faire semblant d’avoir exhumé un document d’archives. De l’autre, j’ai également eu le sentiment que le réalisateur essaie trop de faire passer des sentiments à travers la disposition des plans, les cadrages, etc. La réussite du metteur en scène serait de ne pas faire remarquer ces tentatives. Mais ici Tom Hooper insiste trop ; je prends l’exemple de tous ces plans cadrés trop vers le haut (désolé, je ne connais pas le terme technique !), pour nous montrer que le futur Roi est écrasé par le poids de sa charge.
Les goûts et les couleurs, me direz-vous. Certes. J’en conviens, certaines particularités de la mise en scène ont joué leur rôle, notamment la manière de filmer les dialogues, alternant un personnage filmé à la gauche de l’image, puis à droite. Comme je n’ai pas assez de vocabulaire spécialisé pour vous décrire tout ça, voilà deux plans qui illustrent ce que je veux dire :

Geoffrey Rush

"Blabla", dit Logue, à gauche de l'image

Colin Firth

"Blibli", lui répond Bertie, à droite de l'image.

Trop de détail tue le détail, alors j’arrête là ! Parce qu’au final, ce qui compte, c’est quand même que le réalisateur arrive à faire passer l’effet escompter : l’avènement du roi n’a pas lieu lors du couronnement, mais bien lors du discours final, annonçant la seconde guerre mondiale. Un homme entre dans le studio, un Monarque en ressort.

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