Krach Archive

Wall Street, l’argent ne dort jamais : Critique

Wall Street : L'argent ne dort jamaisEnviron un mois après Krach, nous revoici plongés au cœur de la Bourse avec la suite de Wall Street. Le même sujet, traité par Fabrice Genestal d’un côté, et Oliver Stone de l’autre.

Les deux films partagent quelques points communs, notamment scénaristiques. Dans les deux, le personnage principal est un trader, brillant qui plus est. Dans les deux, il sort avec une femme d’un profil totalement opposé (une scientifique dans Krach, une « gauchiste » dans Wall Street 2). Dans les deux, il y est question de suicide.

Les similitudes s’arrêtent néanmoins là. Le film américain donne en effet une grande claque à son homologue français, qui a tout à apprendre.

D’un point de vue mise en scène d’abord. Wall Street 2 s’assume en héritier des années 80 (ses enchaînements fondus ou ses effets de transition nous ramènent 20 ans en arrière). Et on se prend au jeu, puisque le nostalgique ne cède jamais le pas au kitsch.

Les acteurs sont évidemment bien meilleurs dans Wall Street 2. Evidemment, Shia LaBeouf n’est pas forcément réputé pour bien jouer, mais il s’en sort plutôt bien. Michael Douglas est fidèle à lui même, classe sans avoir besoin de se la jouer. On notera simplement qu’à 66 ans, il a pris un sacré coup de vieux, et fait petit papy. Carey Mulligan apporte une touche de fraîcheur : on est loin des sex bombs traditionnelles des productions américaines. Sans être à tomber, elle est jolie, et sait jouer de mimiques pour faire craquer les spectateurs. Josh Brolin nous sort une version méchante de Pierce Brosnan, et Frank Langella continue de nous prouver que, depuis Superman Returns en 2006, il fait partie des acteurs avec lesquels il faut compter à Hollywood.

Sur le fond, les deux films s’opposent encore. Les scénaristes américains ont définitivement mieux compris la crise et le fonctionnement de la finance que les scénaristes français. Les subprimes y sont très bien traitées, et vulgarisées afin d’être comprises par le public non averti. Le lien avec l’économie réelle est illustré par la relation qu’a Jake (Shia LaBeouf) avec sa mère, opportuniste agent immobilier. On pourra juste regretter la traduction française parfois hasardeuse (non Jake n’aurait pas pu tomber pour « délit d’initié »).

Alors bien sûr, tout n’est pas rose non plus. Il y a plusieurs séquences peu crédibles, notamment (attention, spoiler alert !)

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lorsque Winnie Gekko (la fille de Gordon) laisse une 100è chance à son père, simplement parce qu’elle est enceinte).

Ou alors, comme la séquence de course de motos, qui tombent comme un cheveu (voire une perruque) sur la soupe. Mais Wall Street : L’argent ne dort jamais reste un bon film, qu’il faut aller voir autant pour approfondir sa culture financière que pour passer un bon moment au cinéma.

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Krach : Critique

KrachHier soir avait lieu l’avant-première de Krach, en présence de son réalisateur Fabrice Genestal, à l’UGC Ciné Cité de la Défense.

Je dis bien « en présence de son réalisateur », bien que ça ne soit pas le terme « officiel » d’UGC. Pour UGC, c’est « en présence de l’équipe du film ». Alors évidemment, naïfs que nous sommes, nous nous attendions à voir Gilles Lellouche, Vahina Giocante, Michael Madsen et Charles Berling… Mais au bout d’une demie-heure d’attente, point d’acteur à l’horizon. Enfin c’était déjà sympa de la part de Fabrice Genestal d’être là.

Le problème des interviews lors des avant-premières à la Défense, c’est que le présentateur n’est pas très bon. Il pose en tout et pour tout 3 questions à chaque fois, ne creuse aucune réponse, et il faut avouer que sa voix grave et monotone endort. Malgré tout, j’ai réussi à lutter contre le sommeil, et à entendre les réponses du réalisateur.

Fabrice Genestal

Fabrice Genestal (sisi !)

Genestal a commencé par préciser que son scénario date d’avant la crise, et d’avant Jérôme Kerviel. Il fait bien de préciser, car l’histoire (inventée, donc) du trader nommé Erwan Kermor pouvait laisser penser le contraire. Tous les éléments de l’histoire sont donc fictifs. Son souhait a été de retranscrire l’ambiance du poste de trader, afin « d’éclairer le public ». Voilà ce que l’on peut retenir de cette interview. Ah et puis qu’il a réussi à piquer Michael Madsen à Quentin Tarantino grâce à une connaissance, qui connaît quelqu’un qui… qui connaît le directeur de casting de l’Américain. Et que du coup il aurait pu avoir encore plus de stars américaines, mais que des problèmes de coproduction l’en ont empêché. Voilà.

Bon le coup du « je voulais présenter un peu le monde de la finance, les grandes banques, etc., et je me suis concentré sur les traders », ça fait un peu marketing. Quoi de plus vendeur aujourd’hui que taper sur les traders qui manipulent des gros chiffres ? Je suis loin d’être contre leur taper dessus, comprenez-moi bien, mais autant admettre que c’est pour faire du business !

Puis vint l’heure de la projection. Et du générique le plus long de l’histoire ! (ou peut-être était-ce une impression due à l’attente que l’on avait subi auparavant ?) Il annonce la couleur : le film manque de rythme. Les longueurs sont légion, sans doute parce que le réalisateur a voulu donner une dimension plus naturelle et moins spectacle. Mais résultat, on s’ennuie sur toute la première partie du film.

Point de vue dramatique, Krach a également quelques lacunes. Le suspens n’est pas entretenu, la tension est mal gérée : pas de « crescendo » les amenant petit à petit, pas de cohérence globale, etc. On a un peu l’impression d’un film de 6h qui aurait été tronqué à la hache pour ramener la durée à 1h30.

Bon Krach n’est pas non plus un navet. Les acteurs se débrouillent plutôt bien, le fond est plutôt bien traité. Je regrette néanmoins que le sujet soit si bateau, vu et revu. Trader, avec Ewan McGregor, était bien meilleur (et il s’agissant en plus d’une histoire vraie !). En tant que film français, dont le réalisateur veut faire un moment pédagogique autant que divertissant, il aurait été intéressant de s’attarder plus sur les conséquences d’une chute de la Bourse de 20% sur l’économie réelle. Là, le spectateur est trop limité à la vision du trader, et ne prend pas conscience des décisions qui sont prises (ce que l’on reproche d’ailleurs au trader).

Malgré tout, ce qui est plutôt bien décrit dans le film, c’est l’impact de la confiance sur les marchés. [Attention petit spoil ;) ]

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Lorsque le marché fait confiance à Kermor, les valeurs montent, et quand ce n’est plus le cas, elles s’effondrent. L’effet aurait été encore plus saisissant si la rumeur à l’origine de cette perte de confiance avait été fausse.

Pas la peine de se ruer sur Krach à sa sortie (le 1er septembre). Il est tout à fait possible d’attendre de le voir passer sur Ciné-dimanche, ou, mieux, de piquer le DVD à un ami !

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